Association Jeunesse (92) : l’engagement sans failles des équipes pendant les confinements

Dans le but d’en savoir plus sur la situation des structures du réseau Habitat Jeunes, au cours des deux confinements de l’année 2020, nous avons rencontré le directeur de l’une d’elles.
Abdel Afquir est directeur de l’Association Jeunesse qui gère deux établissements : un à Clamart, l’autre à Bourg-la-Reine.


À l’annonce des confinements, la question du télétravail s’est imposée dans les deux structures de l’Association Jeunesse. Mais, la majeure partie de leur activité s’effectuant sur le terrain auprès des jeunes, les équipes se sont rapidement senties en décalage avec cette notion de travail à distance. C’est ainsi qu’elles ont pris la décision de « ré-agencer » leur organisation et leur temps de travail. L’inspection du travail, à posteriori, n’a pas remis en question les dispositions et conditions de sécurité mises en place afin de garder la possibilité de travailler dans les résidences. Un roulement et une alternance entre chaque salarié ont été instaurés pour minimiser les risques de contamination dans les résidences. De leur côté, et très majoritairement, les résidents ont restreint d’eux-mêmes leurs activités, leurs déplacements et leurs échanges.

Abdel Afquir nous explique que cette situation exceptionnelle a révélé les caractères et fragilités de chacun : « Des résidents vivaient les choses d’une façon très stressante, et angoissante. Certains qui étaient parfois légers et semblant prendre les choses de loin et de très haut, étaient au final très inquiets. On a pu le mesurer tous les jours et tout au long des confinements. On a senti qu’ils avaient besoin de nous rencontrer, discuter et échanger, ne serait-ce que quelques minutes, ou plusieurs fois par jour, autant qu’il le faut, mais avec toutes les mesures de précaution. On a senti ce besoin d’être en lien, qui était aussi notre volonté au niveau de l’équipe, et notre vision de la relation à l’autre dans ce type d’établissement. On a vu des attitudes, des comportements, des visages pour certains, changer face à l’angoisse. Et ce sont des choses que l’on ne peut pas entendre et évaluer au téléphone. On ne pouvait se contenter d’une relation à distance. Et je pense que, pour nous, c’était important de pouvoir en juger par nous-même. Et nous sommes aujourd’hui capables de dire exactement comment les choses se sont passées. »

Les équipes des deux résidences FJT ont donc revu leur organisation quotidienne auprès des jeunes. Dès le début du premier confinement, elles se sont assurées que tous les numéros de téléphone et adresses mail étaient valides, afin de faire un passage en revu quasi-quotidien de chaque résident. Les membres des équipes encadrantes ont pris le temps de les questionner sur leur santé, leur état psychologique, mais aussi leur situation économique et leurs emplois et formations. Certaines situations se sont fortement dégradées, il était donc vital de garder un lien rapproché avec les résidents.
En ce qui concerne l’accueil physique, les bureaux sont restés généralement ouverts, grâce à la mise en place de balisage au sol et d’affiches préventives, précisant qu’il était préférable de prendre rendez-vous en amont pour rencontrer les équipes. « Pour nous et pour les résidents, il nous paraissait incompréhensible de défendre une relation de proximité dans laquelle on leur dit que l’on est à leur disposition en cas de besoin et que, tout d’un coup, tout s’arrête, que les établissements deviennent quelque chose de désert livré à l’angoisse des uns et des autres, aux inquiétudes de toutes sortes, aux fragilités. »

Abdel est conscient que lui et ses équipes ont fait le bon choix, et ils ont d’ailleurs reçu quelques retours des résidents. Les jeunes ont montré leur reconnaissance à travers des petits mots transmis aux équipes et parfois par leur propre engagement dans l’effort collectif. En effet, certains d’entre eux ont souhaité se présenter auprès de la mairie de Bourg-la-Reine pour signifier qu’ils se tenaient prêts à rendre service.

Le directeur des deux structures a tenu à remercier l’implication sans faille de ses équipes : « Et là où je remercie toutes les équipes, de Bourg-la-Reine et de Clamart, c’est que, pas un instant, hormis au tout début quand tout le monde se posait la question du télétravail, pas un n’a dit - j’ai besoin de me mettre à l’abri pour me protéger -. La priorité était sur le fait qu’on avait des jeunes et que certains étaient certes, solides, mais d’autres très fragiles. »
L’organisation du second confinement s’est d’ailleurs fait avec encore plus de sérénité que le précédent. Un médecin et un couple de psychologues ont proposé leurs services pour des entretiens téléphoniques avec les jeunes qui en avaient exprimé le besoin. Des bénévoles de toutes sortes sont venus les soutenir et aider les jeunes positifs au virus qui devaient rester isolés dans leurs logements, en leur apportant, entre autre, des paniers de provisions. Le personnel technique aussi s’est révélé, les agents de nuits, les administrateurs… certains proposaient même de faire les accompagnements en voiture des salariés qui faisaient les horaires de nuits.

Abdel Afquir conclut : « C’est vraiment touchant parce que la situation a créé une très belle dynamique entre les administrateurs, entre les salariés. Ce que j’ai maintenant plaisir à dire à mes administrateurs et autour de moi, c’est qu’ “il y a quelque chose qui s’est révélé au niveau de l’engament des professionnels“ qui a donné un sens à tout notre travail. On est capables, en équipe, de dire qu’on a surmonté ensemble quelque chose qui n’était pas simple à assumer. Tout n’est pas tout beau, tout n’est pas tout rose, mais je me suis dit qu’effectivement nos résidences « c’est bien + que du logement ». Eh bien il est aussi là le « bien + ». C’est ÇA.
Bien sûr, il y a tout ce qui est lié au logement et on a un accompagnement complet à proposer à nos résidents. Mais, au-delà de tout cela, pour moi et pour nous « + que du logement » a pris tout son sens ».